L'événement

« Théories de l’imaginaire et économie politique : Nouvelles perspectives pour la recherche en sciences sociales »
Atelier international de travail organisé par le Collectif de recherche sur l’imaginaire (CRI).

Détails pratiques

Quand? Les 15 et 16 septembre 2016
Ou?

Salle des boiseries (J-2805)
Pavillon Judith-Jasmin
Université du Québec à Montréal
405, rue Ste-Catherine Est
Montréal, QC, Canada

Comment s'y rendre? Plan d'accès (PDF)

Description de l’événement

Si on peut relever l’intérêt de certains économistes aujourd’hui pour les normes et les représentations sociales, qui cherchent à prendre en compte les dimensions de l’institution, de la légitimité, de la reconnaissance ou de la confiance, en général les développements théoriques concernant l’imaginaire (la « faculté d’imagination », autant que les « imaginaires sociaux ») ne proviennent pas du champ de l’économie. Ils sont cependant très présents dans les champs de la philosophie, de la psychanalyse, de l’anthropologie, de la sociologie, de la science politique, de l’histoire, des études littéraires et cinématographiques, et de la géographie culturelle.

La problématique que nous avons en vue ici, qui entend articuler imaginaires et économie politique, a pourtant des sources très précises dans l’économie politique classique et sa critique. On invoquera d’abord K. Marx, sa lecture des économistes libéraux, mais aussi de la philosophie du droit de Hegel, puis sa critique du capitalisme avec les notions clés d’aliénation, de réification, de fétichisme. Cette présence des dynamiques idéelles et symboliques dans le matérialisme historique de Marx fera à son tour l’objet de multiples relectures tout au long du XXe siècle et jusqu’à aujourd’hui, en passant par l’école de Franckfort et les diverses traditions critiques (G. Lukács, E. Bloch, E.P. Thompson, P. Anderson, L. Althusser, H. Marcuse, C. Castoriadis, M. Postone, F. Fischbach). On pourra aussi invoquer les travaux de M. Weber et de R.H. Tawney sur le rôle des grandes religions dans l’émergence du capitalisme en Occident et l’extension de la rationalité instrumentale, ceux de G. Simmel et de N. Elias sur les formes de relations sociales et les structures psychiques typiques de l’individualisme moderne, et, bien évidemment, le fameux essai de M. Mauss sur les systèmes de don et contre-don dans les sociétés dites archaïques. Les rapports entre imaginaires et économie politique seront encore redéfinis à l’occasion de la remise en cause du modèle keynésien, puis avec l’effondrement de l’équilibre des puissances, la chute des régimes communistes et les tendances contradictoires du néocapitalisme à l’échelle mondiale.

C’est dans ce contexte, où les conséquences sociales, culturelles et politiques de la mondialisation apparaissent tout à la fois comme matérielles et idéelles, que les imaginaires sociaux sont revisités et convoqués pour envisager d’autres horizons économiques : économie de la décroissance (S. Latouche), économie sociale et solidaire, économie collaborative ou conviviale, modèle du « bien vivre » inspiré des peuples autochtones. M. Hardt et A. Negri conçoivent alors les possibilités émancipatrices du capitalisme cognitif pour la multitude. Les études en économie politique culturelle, dont celles de J. Graham et K. Gibson, qui s’inspirent directement des travaux d’E. Laclau et de C. Mouffe sur l’hégémonie et l’imaginaire, proposent elles aussi des alternatives théoriques et politiques. On s’interroge sur l’histoire non dite et sur les multiples formes de l’expropriation, de l’exploitation et de la violence capitalistes, sur la colonialité et les hybridations postcoloniales, sur la persistance ou l’émergence d’une économie populaire, d’une économie informelle, etc. Comment donc rendre compte des croisements entre théories de l’imaginaire et économie politique – les croisements les plus classiques, comme les plus récents?

Objectif de l’événement

Il s’agit d’un atelier de travail intensif dont l’objectif général est de permettre, de manière ciblée, la mobilisation des connaissances les plus actuelles quant aux relations entre l’imaginaire et l’économie politique, en vue d’enrichir et de consolider les projets de recherche naissants du CRI.

La problématique de cet atelier international, à la croisée des chemins entre une actualisation des théories de l’imaginaire et une interrogation sur les imaginaires dans l’économie politique contemporaine donne une spécificité aux recherches du CRI par rapport aux groupes de recherche existants, canadiens et internationaux, travaillant aussi sur l’imaginaire et attire l’attention de la communauté scientifique, comme des acteurs sociaux.

Programme

Pour aborder cette problématique de front et développer des angles de recherche novateurs, nous convions à l’atelier près de 20 experts universitaires, venant du Brésil, du Canada et du Chili et d'Équateur, ainsi que plusieurs étudiants de cycles supérieurs, issus de diverses disciplines, dont la sociologie, la science politique et l’anthropologie.

L’atelier de travail suggère deux axes fondamentaux de réflexion, l’un davantage théorique et l’autre davantage empirique :

  1. Le premier axe porte sur l’interrelation entre imaginaires et économie politique. Quels sont les plus marquants et les plus récents développements théoriques quant au rapport réciproque entre imaginaire et économie politique (œuvres déterminantes, innovations récentes, domaines d’interrelation qu’il reste à interroger) ? Quels enjeux mènent aujourd’hui à (re)questionner les liens entre l’économie politique et l’imaginaire? Est-ce les problématiques environnementales, territoriales, d’histoire des idées, de décroissance, ou encore de genre, qui relèvent de nos jours le lien entre imaginaire et économie ?
  2. Le deuxième axe concerne l’opérationnalisation, sur le terrain, des approches récentes combinant économie politique et imaginaire. Comment s’opérationnalisent les enquêtes et les interventions à ce sujet? Quels sont leur potentiel et leurs défis spécifiques ? Quels imaginaires de l’économie se confrontent dans les pratiques et les formes de vie actuelles, et avec quelles approches méthodologiques peut-on les cerner et les comparer ? Quelles sont les approches artistiques ou performatives pertinentes ? Quelles lignes de travail empirique se dégagent pour un programme de recherche sur cette interrelation ?

Les panels de présentation et de discussion de l’atelier international de travail ont été construits en fonction des affinités entre les propositions de communication. Ces affinités sont cruciales pour lancer et alimenter les débats. Ainsi, pour chaque panel, il est pertinent de garder à l’esprit les deux axes de réflexion; les présentations retenues ne font pas, en vase clos, des exposés purement théoriques ou purement empiriques. C’est là, par ailleurs, un gage de leur qualité. Cela dit, les panels prévus en avant-midi mobilisent des thématiques plus fortement conceptuelles (axe 1), alors que ceux prévus en après-midi réfèrent à des recherches de terrain avec un plus grand accent (axe 2).

JEUDI 15 SEPTEMBRE
Matin
10h00 Accueil (café)
Mot d’ouverture par André Corten (UQÀM, Montréal, Canada)
10h45

Panel 1 : « Retour critique sur les imaginaires économiques de la gauche »

Participants :

  • Éric Pineault (UQÀM, Montréal, Canada)
    La décroissance, à la fois mouvement politique et mouvance épistémique, mise sur la « décolonisation de l'imaginaire » des sociétés contemporaines. L'expression, tirée de l'oeuvre de Serge Latouche, vise le développement d'une critique de l'économie politique de la croissance commune à la pensée libérale et socialiste. Pour la décroissance, libre-échangistes, sociaux-démocrates et anticapitalistes partagent tous un imaginaire modelé par les idéaux d'une humanité qui conquiert sa liberté par le « développement des forces productives ». Dans l'imaginaire économique progressiste de la modernité, émancipation et croissance sont liées. Or, avec une crise écologique devenue globale et totale, cette émancipation par la croissance est mise en cause. Pouvons-nous penser un nouvel imaginaire dans le contexte où s'impose à nous une nécessaire « économie de la limite » postcapitaliste? Que fera celui-ci de l'idée de progrès, quelle place y occupera le principe de l'émancipation. Nous croyons important d'examiner de manière critique cet imaginaire.
  • Ricardo Peñafiel (UQÀM, Montréal, Canada)
    Apparu dans les années 1980, comme solution néolibérale à la crise de la dette, le discours sur l'austérité est aujourd'hui devenu un « imaginaire social » (Castoriadis). D'abord apanage des économistes associés au FMI ou à la Banque mondiale, il s'articule aujourd'hui aux positions les plus éloignées. Paradoxalement, les gouvernements appliquant des politiques d'austérité renient l'épithète, préférant parler de « rigueur », « d'équilibre » ou de « responsabilité » ; alors que les principaux locuteurs d'un discours sur l'austérité sont les syndicats et les groupes populaires, dénonçant les effets socialement néfastes de ces politiques. Autre paradoxe, des économistes de renom et les organismes chargés d'assurer la stabilité du système économique mondial dénoncent eux aussi les politiques d'austérité, cautionnant, en apparence, les positions des « protestataires ». Ce paradoxe est-il signe d'une victoire des populations ou encore l'effet de l'intégration d'un imaginaire économique dans le langage de la résistance ?
  • Simon Tremblay-Pépin (U. St-Paul, Ottawa, Canada)
    Tout un pan de la critique de l'économie politique avancée par Marx et poursuivie par la théorie critique est constamment dans un clair-obscur : celui qui concerne le projet positif qui pourrait en émerger. Écarté parce qu'utopique par Engels et ensuite censuré par les défenseurs du « socialisme réellement existant » parce que subversif, le chantier de ce socialisme imaginaire est toujours en friche. Des avancées ont été faites que ce soit par C. Castoriadis, M. Bookchin ou le duo R. Hahnel/M. Albert. Une certaine unité se dégage entre leurs travaux, et ceux-ci sont en phase avec les organisations qui tentent de mettre en pratique l'émancipation au quotidien. Ainsi, une série d'actions, d'idées, d'objectifs, de luttes et de symboles s'agglutinent pour former aujourd'hui un imaginaire socialiste. Comment cet imaginaire se déploie-t-il dans l'économie politique du signe contemporaine? Quelles sont ses possibilités de croissance et les dangers auxquels il est confronté?

Présidente et commentatrice : Vanessa Molina (U. Ottawa, Canada)

Dîner
Après-midi
14h00

Panel 2 : « Transformations de l’agriculture et transformation des imaginaires »

Participants :

  • André Corten (UQÀM, Montréal, Canada)
    Dans la couronne des « bateys » qui jalonnent le NO, N et N-E de la capitale dominicaine, la présence des Haïtiens et des Dominicains d'ascendance haïtienne reflète la lutte entre deux modèles de rapports sociaux, celui de la surexploitation du salariat de l'économie sucrière et la condition de semi-prolétariat hérité du travail sur le petit « conuco » de saison morte, débouchant sur la généralisation du travail informel. Cette lutte économique est aujourd'hui déplacée à travers des imaginaires. On peut les repérer les innovations imaginaires dans les rapports entre population dominicaine et haïtienne -- en particulier dans toute la dynamique des relations familiales, la forme de l'habiter, la pratique de la langue, ainsi que l'accès familier à l'éducation et à la santé.
  • Leila Celis (UQÀM, Montréal, Canada)
    Cette proposition de recherche tâche d'identifier l'évolution des imaginaires de l'économie paysanne en Colombie au cours du dernier siècle. Les revendications actuelles de la paysannerie sont principalement la reconnaissance des droits territoriaux et des droits de la nature. Cela implique des changements notoires par rapport à un imaginaire économique pas si lointain, dans lequel l'économie paysanne devait permettre aux familles une indépendance de production et une appropriation du fruit de leur travail, grâce à la propriété privée de la terre, l'augmentation de la productivité et une percée sur le marché. En nous inspirant de C. Castoriadis, nous postulons que ces changements notoires correspondent à la capacité d'imagination de la paysannerie. Les conséquences de l'extractivisme néolibéral, qui rythme l'accaparement de la terre par l'industrie, ébranlent chez les paysans l'association entre productivité et amélioration des conditions de vie. En même temps que l'imaginaire de l'économie paysanne s'éloigne des notions de développement et de progrès, il s'approche des notions du « bien vivre » inspirées des peuples autochtones.
  • David Longtin (U. Ottawa, Canada)
    Cette communication présentera une analyse du discours de 364 communiqués émis par le Conseil civique des organisations populaires et indigènes du Honduras (COPINH), fédération regroupant plus de 200 communautés lencas du Honduras mobilisées autour d'enjeux socio-environnementaux liés à l'extraction minière, la gestion forestière, l'accès aux terres communales et la privatisation de l'eau. Le discours du COPINH participe à la circulation d'un imaginaire de la violence qui déplace le sens attribué aux espaces affectés par des projets de barrages hydroélectriques et d'extraction minière. En mettant en scène la défense du territoire, le discours du COPINH oppose le caractère sacré, inviolable et digne de la vie humaine et naturelle à la condition de la vie nue, c'est-à-dire à l'abandon à la mort. Les renvois de signification entourant la vie et la mort attribuent un nouveau sens de violence aux projets hydroélectriques et miniers, «projets de mort» détruisant les espaces naturels sacralisés.

Présidente et commentatrice : Dalie Giroux (U. Ottawa, Canada)

15h30

Panel 3 : « Autochtones, territoire et ressources naturelles »

Participants :

  • Dalie Giroux (U. Ottawa, Canada)
    Cette communication souhaite mettre en valeur l'usage des concepts marxiens d'accumulation primitive et de fétichisme de la dette dans le cadre d'une analyse et d'une critique matérialiste de l'imaginaire de la violence en situation coloniale. En particulier, il s'agira de montrer l'utilité de ces concepts dans les études de Michael Taussig sur l'exploitation minière et du caoutchouc en Amérique latine, et dans mes travaux actuels sur la traite de fourrure en Amérique du nord britannique.
  • Myriame Martineau (UQÀM, Montréal, Canada)
    Cette communication revisite les théories de l'imaginaire dans le contexte de l'oralité transmise et partagée par les conteurs d'aujourd'hui, où la marchandisation et la spectacularisation de la parole publique sont questionnées, créant ainsi un espace convivial de rencontres, d'expériences et de relations interculturelles. Si le conte est un art de la relation, il est aussi créateur d'identité, partage de mémoire collective et source d'inspiration pour une économie collaborative non commerciale. En nous inspirant des travaux de Benjamin, de Certeau, Zumthor, nous postulons que l'imaginaire transmis par les conteurs permet de s'interroger sur la capacité collective de penser de nouvelles manières d'être. Nous partirons d'une intervention artistique réalisée en 2015-2016 auprès de raconteurs métis du Manitoba, où l'expérience de « racontage » a permis de renforcer un sentiment d'appartenance à l'histoire, aux valeurs, à la culture de la Nation métisse canadienne-française, et à rendre compte de ses transformations contemporaines.

Présidente et commentatrice : Leila Celis (UQÀM, Montréal, Canada)

Soirée
17h00 Réception et petites bouchées
VENDREDI 16 SEPTEMBRE
Matin
9h00 Accueil (café)
9h30

Panel 4 : « Formation de la subjectivité et imaginaires»

Participants :

  • Sabrina Doyon et Martin Hébert (U. Laval, Québec, Canada)
    Cette présentation propose d'examiner l'écologie politique en tant que production imaginaire sociale. Il ne s'agira pas de nier que l'écologie politique est une théorie sociale capable de rendre compte de structures et dynamiques objectives, de rapports de pouvoir, de marginalisation et de résistance. Mais nous nous attarderons ici sur l'acte social qui consiste à nommer, décrire et dénoncer ces faits par l'entremise du vocabulaire et de la grammaire de l'écologie politique. De manière générale, il sera question de l'imaginaire politique déployé par ce cadre d'analyse. Plus spécifiquement, par un examen réflexif de nos propres travaux ethnographiques et de quelques textes marquants, nous nous intéresserons aux subjectivités qu'il met en scène et à l'image du monde souhaitable associés à son déploiement par les chercheurs et autres acteurs.
  • Carlos Bustos Reyes (Universidad Cardenal Silva Henríquez, Santiago, Chili)

    El conocimiento es una construcción que transita en el individuo a través de su subjetividad como un proceso de complejidad creciente, experimentando un proceso de decodificación de la realidad que le permite resignificar aquello que observa. La aprehensión de la realidad es un eje central, y su calidad dependerá de los procesos formativos a los cuales fue sometido en estructuras formales o informales de educación y cultura. En este sentido nos preguntamos: ¿en qué momento el individuo se convierte en sujeto?, ¿Cuándo adquiere en términos reflexivos su autonomía y emancipación?, ¿Qué rol juega la colocación como categoría epistémica del sujeto? , ¿Cuál es el papel de un giro decolonial en la resignificación de las realidad que constantemente busca atrapar al sujeto y devolverlo a individuo?, son múltiples las interrogantes abiertas en una perspectiva epistemológica centrada en el sujeto.

    En este campo de problematizaciones existen una serie tensiones que es oportuno despejar por sus implicancias en los problema de “construcción o inhibición de sujetos interculturales”, particularmente en el desarrollo de políticas públicas como es el caso de la educación, específicamente en la enseñanza de la historia en los primeros niveles educativos, justamente es ahí donde el niño/a toma contacto con el sistema formativo y sus imaginarios de poder. Se produce un punto de encuentro o fricción que puede ser fértil o estéril entre los saberes que trae desde su cultura al ser un miembro de una comunidad étnica, cuando ingresa a una escuela monocultural, y por otra parte, puede producir la desinstalación de saberes ancestrales en un proceso de deslegitimización, dentro de una lógica racionalista de escuela “civilizante” que tienen hoy como telón de fondo el curriculum oficial.

    En estos procesos históricos, las estructuras generadas de relaciones de poder implican una asimetría considerable entre la posibilidad de ser sujeto y la inhibición de su despliegue como tal, que se expresa en lo cotidiano, fruto de procesos formativos que construyeron subjetividades ( imaginarios) instaladas por el colonialismo y su extensión posterior durante la República con la carga semántica de la modernización y desarrollo ( proyectos económico político) , que devienen a su vez de un pensar ilustrado y racionalista euro-céntrico que se extiende hasta nuestros días. Todo ello tuvo como consecuencia la conformación de constructos o cuerpos teóricos que han sido legitimizados bajo lógicas de razonamiento desde el poder del Estado- Nación y la élite modernizante.

    Bajos estos formatos se han constituido y expresado individuos que tienen una racionalidad para capturar la realidad, en ellas están presentes su pasado, acervo teórico y práctico que han adquirido expresándose en lenguajes y actitudes que experiencian en relación con otros y en los diversos roles que les corresponde jugar (estudiantes, profesores, funcionarios públicos o privados, religiosos, tomadores de decisiones, elaboradores de políticas públicas, personas en general, etc.).

Président et commentateur : Louis Jacob (UQÀM, Montréal, Canada)

11h00

Panel 5 : « Érotisme, cinéma et altérité pour penser les imaginaires économiques »

Participants :

  • Yolanda Gamboa Muñoz (Pontificia Universidade Catolica de Sao Paulo, Brésil)
    Dans cette communication, je travaillerai avec trois clichés de penseurs-artistes : Paul Veyne, Raul Ruiz et Roberto Matta. Dans les écrits de Veyne, historien du monde gréco-romain, il y a une nouvelle conception et conceptualisation de l’imaginaire - qui n’est pas facilement déchiffrable. À partir de cette conceptualisation « l’imagination constitue notre monde au lieu d’en être le levain ou le démon », elle est toujours dans le pouvoir. Raul Ruiz, cinéaste et théoricien de cinéma, souhaite démonter les images traditionnelles ; il dit suspecter que dans la culture de résistance, s’est cachée une grande capacité de subversion, et qui peut seulement se convertir en subversion, dans la complémentarité du cinéma. Finalement, le peintre Roberto Matta, constitue un exemple concret de la thématique à l’étude. Une relation alchimique entre imaginaire et économie dans la peinture ou une vision picturale que décore le Ministère de Finances de Paris. Selon lui : « la chose la plus urgente est de faire des cartes de ce qui est l’économie… Il n’y a pas de diagrammes sur l’économie » (…) » Il devrait se proposer un premier défi à l’imagination, à l’intelligence, afin de se représenter la société ».
  • Chiara Piazzezi (UQÀM, Montréal, Canada)
    L'univers de relations intimes et celui de l'économie sont habituellement considérés comme « hostile worlds », selon la définition de Zelizer (2007), qui a remis en question cette opposition entre échanges intimes et transactions économiques en montrant leurs imbrications. De plus, dans les dernières années l'attention des sociologues s'est concentrée sur l'étude de la convertibilité matérielle et symbolique de certains atouts relatifs aux relations intimes, tels le pouvoir de séduction, la beauté, le charme, le savoir faire. Hakim (2011) et Green (2014 ; 2008) utilisent notamment la notion de « capital érotique », qui semble faire écho à un imaginaire généralisé (médias, publicité) selon lequel le « sex appeal » serait une forme de prestige social sur laquelle il est sage d'investir. Mon intervention explorera certaines transformations de cet imaginaire commun et savant concernant les liens entre échanges intimes et transactions économiques.
  • Louis Jacob (UQÀM, Montréal, Canada)
    Nous présentons ici les résultats partiels d'une recherche portant sur la fonction de l'imagination dans l'expression culturelle, la construction des rapports sociaux et la reproduction des sociétés. Pour ce faire, nous envisageons un cas particulier, soit la construction de l'économie politique libérale aux 18e-19e siècles, et prenons comme point de départ l'interprétation qu'en a fait Charles Taylor (2004). Taylor examine trois formes de représentation typiques de la société moderne, soit l'économie, la sphère publique, et les pratiques démocratiques. L'économie se présente selon lui comme une réalité qui s'objective progressivement, s'appuyant sur une nouvelle conception de l'ordre naturel et de l'individu, et se matérialisant dans les activités de production, d'échange et de consommation. Nous examinons les limites de cette interprétation, en regard notamment des théories de l'imaginaire actuelles qui accordent une place essentielle au rapport d'altérité, et plus spécifiquement au rapport colonial, dans la mise en place de l'imaginaire économique capitaliste.

Président et commentateur : Martin Hébert (U. Laval,, Québec, Canada)

Dîner
Après-midi
14h00

Panel 6 : « Économie, éducation et éducation populaire : quels projets? »

Participants :

  • Ney Wendell (UQÀM, Montréal, Canada)
    Cette communication portera sur l'expérience de la construction et de la présentation du spectacle « L'avenir rentable », réalisé à Montréal par la troupe théâtrale « Les idéaux parleurs ». Ce spectacle propose une discussion sur les enjeux sociaux liés à l'économie actuelle. Il avait comme objectif de donner la parole aux citoyens du quartier Hochelaga-Maisonneuve afin que ces derniers aient la chance de discuter de l'économie contemporaine en rapport avec la pauvreté. D'abord, je présenterai le travail de création en théâtre social inspiré des approches et de l'esthétique du théâtre dialectique de Bertolt Brecht et de sa façon de critiquer les paradoxes économiques. Ensuite, je montrerai le modèle dialogique du spectacle et de la participation du public au vu de la pédagogie de l'autonomie de Paulo Freire qui encourage la prise de conscience citoyenne. Pour conclure, j'exposerai les résultats du travail de discussion avant, pendant et après la présentation.
  • Mario Gil (UQÀM, Montréal, Canada)
    Le Conseil régional autochtone du département du Cauca en Colombie (CRIC) est une organisation qui lutte pour la terre, la culture et l'autonomie. Le CRIC définit l'économie autochtone et solidaire comme une forme de développement local, qui tient compte de l'histoire des peuples autochtones et de leurs cosmogonies. Cette communication fait partie de ma recherche sur les imaginaires politiques relatifs au territoire, tel qu'ils peuvent être relevés dans les processus éducatifs des mouvements agraires en Amérique latine. La question se pose sur le possible dépassement économique qui peut être porté par la combinaison d'économie solidaire et interaction harmonieuse avec le territoire, basé sur la sur le travail collectif, spirituel et matériel.
  • Vanessa Molina (U. Ottawa, Canada)
    Nous présentons une recherche postdoctorale naissante ayant un objectif double. D'une part, il s'agit de cerner l'évolution des imaginaires économiques liés aux systèmes d'éducation nationaux nés avec les Lumières (extraction des masses paupérisées de leur situation; formation de main d'œuvre qualifiée; économie du savoir, etc.). Suivre l'évolution des imaginaires économiques liés à l'éducation (en tenant compte des points de rupture que semblent être la pédagogie de Joseph Jacotot en France et celle d'Eduardo Freire au Brésil) vise, d'autre part, à évaluer les possibilités d'une transformation de l'imaginaire scolaire contemporain. Celle-ci s'articule aux débats actuels (menés en France et au Canada) introduisant le « bien-être » comme prérogative scolaire. Elle pose la question du rôle (existentiel et social) joué par le développement de la pensée et le sentiment de capacité. Approfondir ces débats, et cerner la transformation scolaire qu'ils introduisent, exige de se pencher sur les imaginaires économiques sous-tendant l'éducation nationale.

Président et commentateur : André Corten (UQÀM, Montréal, Canada)

Mot de clôture par Leila Celis (UQÀM, Montréal, Canada)